L’ARRI ALEXA LF EN FORMATION !

Entretien avec Natasza Chroscicki, Managing Director d’ARRI France, autour de cette nouvelle caméra grand format sortie il y a quelques mois qui sera présentée aux stagiaires de la prochaine formation certifiante sur les caméras ARRI.

Comment a été imaginée et mise au point l’ALEXA LF ?

Si on regarde un peu en arrière, le capteur de notre caméra de référence, la ALEXA, avait été historiquement conçu par un fabricant qui lui-même fabriquait des caméras film. Son esthétique est donc déjà issue de cette tradition du film. C’est ce qui a permis à nos clients de faire la bascule en numérique, parce qu’ils obtenaient un rendu proche du film. Ensuite, il y a quelques années, ARRI s’est demandé ce que l’on pouvait faire de plus dans ce sens. Et la réponse a été une caméra 65 mm, l’ALEXA 65, qui elle est proposée uniquement à la location. La nouvelle LF sortie cette année est née de cette même réflexion, avec une volonté de proposer quelque chose d’intermédiaire. La 65 étant une caméra très élitiste, car onéreuse par son très grand capteur, il n’y a principalement que les blockbusters américains aux budgets élevés qui peuvent y avoir recours. La LF est une version plus accessible, qui s’arrête au format 24/36 qui est entre le Super 35 traditionnel de l’ALEXA et le 65. En fait, en taille de capteur, une LF, c’est l’équivalent de 2 capteurs d’ALEXA, alors que la 65 équivaut à 3 capteurs.

Quelles sont ses spécificités techniques qui définissent ses principaux champs d’application ?

La caméra peut enregistrer 150 images/seconde en ARRI RAW. En France, cette donnée-là lui vaut d’être principalement utilisée en publicité, pour l’instant. C’est un vrai plus pour la qualité des ralentis. Mais la publicité est aussi sensible à la qualité d’image qu’offre le grand format, notamment sur les visages. La publicité cherche toujours à avoir la plus belle image possible. On remarque aussi qu’en publicité, on est toujours beaucoup plus expérimentateur. C’est vraiment le terrain de jeu de beaucoup de réalisateurs et de chefs opérateurs, qui essaient des choses sur les nouvelles technologies avant de s’engager sur un long métrage.

La LF a-t-elle déjà été choisie pour le tournage d’un long-métrage ?

Oui, en ce moment-même a lieu, en France, le premier tournage cinéma avec la LF. Il s’agit du film d’Eric Lartigau, « Je suis là » avec Alain Chabat. Au départ, l’équipe voulait utiliser à la fois l’ALEXA 65 et la LF. Car une partie du tournage a lieu au pays basque, il y a des images de surf, des situations où il peut se révéler difficile de détacher un personnage de l’arrière plan. La faible profondeur de champs les intéressait beaucoup. Ils ont finalement opté pour un tournage uniquement avec la LF qui leur donnait satisfaction après les tests dans ce domaine, et représentait donc une économie vis à vis de l’ALEXA 65.

L’esthétique cinématographique recherchée par les clients des caméras ARRI est-elle vraiment liée à ses performances dans ce type de conditions ?

Pas uniquement. On peut faire de la faible profondeur avec une caméra de basse qualité. Il y a plein d’éléments qui viennent en ligne de compte pour obtenir une belle image. C’est pour cela que les caméras professionnelles valent plus cher qu’un appareil photo à 4000 euros. Il y a le rendu des couleurs, le rendu des peaux, la dynamique, toutes les formules de compression qui évitent les artefacts. Tous ces éléments comptent. C’est sa qualité d’image globale qui a fait la réputation de la première ALEXA.

Que représente l’exigence actuelle de la résolution 4K dans cette équation ?

L’exigence de la résolution 4K vient vraiment du monde du broadcast, des nouvelles télévisions à très haute résolution et d’une certaine volonté de les imposer sur le marché. Les séries Netflix, notamment The Umbrella Academy, optent pour la LF parce que Netflix demande de la 4K, et qu’avec cette caméra, on peut tourner en 4K natif. En répondant à ces exigences, ARRI a toutefois veillé à garder un équilibre entre les différents paramètres : résolution, dynamique, rendu des couleurs. Notre philosophie est restée celle de l’image, avant tout.

Quelles focales peut-on utiliser avec la LF ?

On peut utiliser toutes les séries d’optiques FullFrame qu’on voit sortir sur le marché, et elles sont nombreuses. Cooke, Leica, Zeiss… Mais en sortant une caméra grand format, on se devait de proposer nous aussi une nouvelle gamme d’optiques. Nous avons sorti une série, les Signature Prime. Elles s’étendent du 12 au 280 mm avec une ouverture à 1.8. Historiquement, on a souvent travaillé avec Zeiss. Cette fois, on avait envie de quelque chose de plus organique. On a trouvé un fabricant à qui on a donné un cahier des charges, qui a été établi par des retours d’expériences, de chefs opérateurs, de leurs envies que nous avons interprétées techniquement.

Sans oublier que certaines des optiques traditionnelles cinéma, peuvent également couvrir certains des formats d’enregistrement de la LF. Il y a aussi des optiques photos qui peuvent être montées sur cette caméra. Donc l’ensemble de ces possibilités représente un large choix d’optiques.

Quels sont les premiers retours d’expérience qui vous sont parvenus sur la LF ?

Ils sont au départ un peu similaires à ceux que nous avions eus sur la ALEXA 65. Le grand format ouvre un peu plus grand la fenêtre, le champs de vision. Les chefs opérateurs nous 

disent qu’une fois qu’ils y ont recours, ils ont du mal à revenir en arrière. Quand ils reviennent au format Super 35 traditionnel, ils ont l’impression qu’il leur manque un morceau de l’image au niveau du cadre. Et puis les retours concernent également la richesse des couleurs, le rendu des peaux, la profondeur de champs évidemment.

La LF sera donc présentée aux stagiaires lors de la prochaine session de formation ARRI en novembre ?

Oui, lors de cette formation certifiante où différents modèles de caméras ARRI seront présentés, les stagiaires auront à disposition la LF et pourront la manipuler. C’est une opportunité, notamment pour les intermittents, car les livraisons de cette caméra ont commencé en mai et juin, et il y a encore relativement peu d’exemplaires en circulation. La caméra LF sera équipée d’une optique de la gamme des Signature Prime qui sont également encore rares sur le marché, pour lesquelles nous avons eu de nombreuses pré-commandes toujours en cours de livraison. La certification ARRI proposée par cette formation est un gage de qualité pour les stagiaires, en particulier ceux qui seront amenés à travailler avec cette caméra sur un prochain tournage. Cela atteste à la fois de la pertinence et de la qualité de l’enseignement dispensé sur ce matériel, et des compétences auxquelles peuvent prétendre les professionnels à l’issue de la formation.

Formation certifiante sur les caméras ARRI®